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Sur la route

25 avril 2018

Il y a trois mois maintenant Quentin et moi avons quitté notre appart parisien, nos boulots respectifs et sommes partis voyager sans date de retour avec Hubert, notre camping-car vintage (=vieux). Nous avons choisi le Royaume-Uni avec l’envie folle de parcourir l’Ecosse, ses vallées et ses lochs.
Nous rêvions de paysages sauvages, de calme infini, de vivre en pleine nature, de voyager au gré de nos envies, de temps pour nous consacrer à nos passions (la photographie et l’écriture) et pour savourer la vie dans la douceur et laisser nos nouveaux projets s’installer dans nos coeurs.
Au fil des mois sur la route, nous avons eu notre lot d’imprévus, de joie folles et de difficultés. Des rigolotes et des vraiment très chiantes. Cet article est une sorte de bilan pour moi, de ces quelques mois sur les routes britanniques et en même temps le début de nouveaux changements, de belles décisions quant au reste de nos aventures.

 

Les jolies choses sur la route

 

Le temps nous appartient.
Nos journées sont à nous et ça c’est un luxe fou. Chaque matin, nous nous réveillons avec la liberté totale de décider ce que nous allons faire jusqu’au coucher du soleil. Aucune obligation professionnelle, aucun horaire à respecter si ce n’est ceux que l’on s’impose. Nous filons au gré de nos envies. (Mais parfois on a envie de rien alors on glande rien de notre journée et ensuite je me sens coupable mais c’est une autre histoire). Nous avançons à notre rythme, paisiblement et pour nous qui avons vécu dans l’urgence parisienne pendant des années, c’est apaisant. Maintenant nous ne cherchons plus à remplir nos journées d’activités, nous prenons juste le temps d’exister lentement. On se donne l’occasion de rêver, de se laisser porter, d’improviser. On s’accorde le silence, le repos, le vide. Et j’ai l’impression d’être plus présente, plus entière.



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Relativiser
Vivre avec moins, sortir de ma zone de confort m’a permis de me sentir davantage reconnaissante envers ce que j’ai. Après plusieurs jours sans douche, j’avais tendance à devenir ronchon (et à me sentir coupable ensuite d’être ronchon). Ou encore après plusieurs jours enfermés dans Hubert à cause de la météo, je râlais, je me sentais oppressée, frustrée. J’étais embêtée par notre camion crado et gadouilleux, par la difficulté de laver notre linge fréquemment. Je rêvais presque d’une maison gigantesque avec baignoire à bulles et chauffage géant. Je me focalisais uniquement sur ce qui m’agaçait en faisant l’impasse sur tout le reste. Maintenant, dans ces moments-là, je liste dans ma tête au moins 5 choses pour lesquelles je me réjouis, qui me rendent heureuse. Je respire, je relativise, je me rappelle que j’ai grandis à la campagne avec des brindilles d’herbe dans les cheveux, les genoux terreux et le rire au ventre alors tant pis si Hubert n’est pas toujours propre, j’essaie de trouver des alternatives à la source de mon agacement (douche-à-la-cuvette/journée thés, bouquins et couverture moelleuse quand il pleut), je prends conscience des belles choses qui m’entourent. Oui on a froid, oui y’a un vent violent et terrifiant, oui on ne peut pas se laver tous les jours mais punaise on est libres, on est ensemble, on est en bonne santé, on a un abris, à manger dans notre assiette. Et ça, ça veut dire qu’en faites tout va bien, non ?

 

Se questionner/se responsabiliser
Vivre sur la route m’a amené à me confronter davantage à certaines de mes habitudes et à remettre en question mes gestes quotidien. Par exemple :
la consommation d’eau : en ayant un volume d’eau limité et en ne sachant jamais exactement quand nous pourrons remplir Hubert à nouveau, nous veillons à ne pas trop utiliser d’eau lorsqu’on cuisine, qu’on fait la vaisselle ou notre toilette. Quand on s’attarde là-dessus on se rend compte à quel point on laisse le robinet couler pour rien parfois et combien on a de la chance d’avoir accès à de l’eau potable aussi facilement.

les déchets : Avec Hubert, sur la route, en pleine nature, nous gardons nos sacs poubelles dans le camion jusqu’à ce que nous trouvions une poubelle appropriée. Puisque nous ne faisons pas disparaître notre sac de déchets dans le local de l’immeuble quand il est plein, j’ai remarqué à quel point nous les remplissons vite… Au Royaume-Uni, il y a du plastique absolument partout dans les grandes surfaces, même les fruits et les légumes sont super emballés. C’est difficile d’y échapper quand on vit en mouvement : on fait nos courses où on peut et pas forcément où on veut. On ne peut pas toujours trouver LA ferme ou LE magasin bio du coin, les marchés ne sont pas aussi répandus qu’en France… Je crois que de manière générale, ce n’est pas une préoccupation nationale ici. En traversant les routes britanniques quasiment tous les jours, nous avons été choqués de constater à quel point c’est sale. Les bordures d’autoroutes et même des petites routes de campagne sont couvertes de déchets en tous genre : papiers de gâteaux, film plastique, bouteilles vides, pneus éclatés, ordinateurs, ventilateurs, mobilier… C’est réellement hallucinant à quel point c’est sale. Nous avons vu certains conducteurs ouvrir leur fenêtre et balancer leur poubelle comme ça, l’air de rien. Les « layby” sont de véritables décharges bien qu’il y ait souvent une pancarte avec écrit « Take your litter home » et un rappel du montant de la contravention pour avoir laissé ses poubelles en pleine nature… À notre échelle maintenant on intègre de petits changements pour essayer de réduire nos déchets : plus de sopalin, ni de serviettes en papier, sacs réutilisables en coton, savons solides, fabrication de notre lessive…
les vêtements : Je suis partie avec un petit stock d’habits conséquent (j’ai même débordé dans le placard de Quentin…) mais finalement je n’en ai pas utilisé la moitié. J’ai porté uniquement mes vêtements thermiques tout l’hiver et je me suis rendu compte que mes besoins sont assez limités une fois que je m’habille en pensant à ce qui sera le plus confortable pour moi… Un gros manteau, deux polaires, deux leggings polaires et trois hauts thermiques, c’est ce qui a constitué ma garde robe pendant trois mois.

Vivre sur la route, m’aura offert la chance d’être plus attentive à la manière dont je vis, d’identifier mes vrais besoins, de me confronter à mes automatismes, à mes limites.





Vivre dehors.
Dans ma vie citadine je passais beaucoup de temps enfermée, chez moi, au bureau derrière mon écran, au café avec les copains et puis à nouveau chez moi. J’oubliais un peu les saisons, mon seul rythme était celui du métro, boulot, dodo. Mais sur la route, le dehors c’est la maison, le bitume nous porte mais la nature nous fait vivre. On vit avec la météo, c’est elle qui façonne nos journées et même souvent nos humeurs. On vit en pleine nature, on redécouvre les bruits du monde vide d’humains, on s’attarde sur les bourgeons au printemps, on regarde le ciel et on essaie de deviner ce qu’il nous réserve, on respire fort, à plein poumons les odeurs de la vie, on essaie de reconnaître les arbres, on marche dans la neige, dans la gadoue, on observe les oiseaux, on guette les moindres rayons du soleil… Les saisons existent à nouveau et on les laisse nous transporter.





Être tout le temps ensemble.
Même si ça a son lot de complications, je trouve absolument fantastique d’être h24 avec mon humain favori. On partage chaque seconde de notre existence, on s’extasie au milieu de la nature ensemble, on se soutient face aux alléas de la route, on est une équipe géniale, solide, chacun a son rôle à jouer dans notre maison roulante assez naturellement. Pour un couple c’est une étape assez dingue, une sorte de mise à l’épreuve, il y a des vilains doutes, des disputes moches mais on s’accroche, on tient bon, on relativise, on papote et puis on s’aime encore plus fort.






S’accrocher, persévérer
Parfois on rigolait en se disant “Imagine notre vieille charrue d’Hubert tombe en panne tout en haut de l’Ecosse, on fait quoi ?” On n’ avait pas de réponse, on se disait “mais non il est costaud le type à 20 berges”. Mais justement, c’est un papi et il est tombé en panne. Et pas la petite panne non : le turbo compresseur mort, la pièce trop ancienne, plus fabriquée, à trouver d’occasion. Par chance, on est tombés sur des gens chouettes dans un garage qui nous ont aidé à solutionner tout ça. Mais on a bien cru qu’on allait devoir abandonner le camion ici et rentrer avec des valises… La dose de stress a été monstrueuse pour moi. Tout comme la première nuit quand on s’est embourbés dans la gadoue. Ou la nuit de la tempête avec des vents à 150km/h qui nous faisait tanguer. Ou les journées gelées, pluvieuses, coincés dans le camion. Mais ces moments là, nuls, déprimants, douloureux, on les a bravés, on a eu la trouille, été déçus, mais on a continué à avancer, à y croire. Parce qu’on est des aventuriers putain.

 

Les complications / Trucs-pas-marrants

 

Le froid
J’ai toujours aimé les journées glaciales, être au chaud dans un gros pull en laine, m’enrouler dans une couverture moelleuse. J’ai toujours détesté la chaleur insupportable des journées d’été brûlantes, caniculaires. Mais maintenant que ma maison est un camion, le soleil est ma lumière, ma source de chaleur et le froid mon ennemi. Et ce froid terrible se glisse partout dans notre Hubert mal isolé (cf vieille carlingue) ce qui crée des courants d’air atroces. Le vent souffle notre petit chauffage à gaz qui s’éteint mille fois par minutes. Le froid gèle les fenêtres et les rend donc impossible à ouvrir jusqu’à ce que le soleil se pointe. Il gèle aussi l’eau de notre cuve à tel point qu’il est douloureux de mettre ses mains en dessous pour faire la vaisselle. Et quand l’eau gèle dans les canalisations et ne s’évacue plus, c’est aussi le panard. Le froid se ramène souvent avec son copain insupportable : le vent. Quand les deux font la fête ensemble c’est parfait : le camion tangue dans tous les sens à chaque bourasque et nous on prie pour que le toit ne s’arrache pas.


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Être tout le temps ensemble
Quentin et moi avons toujours vécu ensemble dans des petits espaces (Paris et ses cages à lapin qui coutent un bras) alors nous étions déjà habitués à vivre au quotidien dans une seule pièce ensemble.
Les derniers mois de notre vie parisienne, on se voyait même très peu bien que nous vivions ensemble (à cause des horaires-atroces-nuls-débiles de Quentin (pardon je t’aime)), on rêvait de pouvoir passer nos journées tous les deux dans notre bulle. Mais dans la réalité vivre dans un camion, avec des cloisons fines comme une feuille de papier, h24 ensemble, où chaque mouvement nécessite de déranger l’autre/ lui grimper par-dessus/l’enjamber/le bousculer/le réveiller est difficile… En étant tout le temps ensemble, on doit s’adapter, trouver un rythme qui nous convienne à tous les deux, désamorcer le moindre conflit immédiatement (on peut pas aller bouder dans le salon – y’en a pas), supporter les humeurs de l’autre… Si on a besoin d’un peu d’espace on peut vite se sentir bloqués dans un camion, l’intimité est limitée, il faut réellement apprendre à s’écouter, être plus patient et s’efforcer de communiquer. C’est à la fois une difficulté mais comme je l’ai dis plus haut c’est aussi un challenge fantastique qui nous a beaucoup rapproché.




L’entretien d’un camion
Hubert est une vieille carlingue. (C’est son petit surnom doux.) Il craque et pète et a plein de courants d’air. Avant lui j’avais jamais conduit un vieux tas de ferrailles alors il m’agace un peu (souvent) parce qu’il put du pot d’échappement, il fait le capricieux quand il fait froid (Le gars a besoin d’un temps fou pour être prêt à rouler et parfois il faut plusieurs coups de clefs pour qu’il démarre. Enfoiré de chochotte.) Il est usé au bout de 20 ans et des petites choses ont souvent besoin d’être réparées au fil du temps dans la cellule. Et des gros bobos mécaniques peuvent survenir aussi… comme celui qui nous a vidé notre compte bancaire et forcé à rentrer en France plus tôt que prévu. Ah l’aventure. Ah les vieux tacos. Malgré tout, on l’aime notre vieille charrue.

 

L’hygiène
Je suis une accro à la douche. C’est ma solution à tous les problèmes. La douche c’est la renaissance après une journée de boulot, des gros moments de stress, le réconfort ultime des journées trop froides (ou trop chaudes). Alors, quand on a choisi Hubert, c’était un impératif : avoir une douche à l’intérieur. Sauf que, notre ballon d’eau chaude a cessé de fonctionner quelques semaines après notre départ sans qu’on arrive à déterminer le problème (Mac-Giver-c’est-pas-nous), alors impossible d’avoir de l’eau chaude réconfortante quand on tourne le robinet de la douche. (Parfois même, impossible d’avoir de l’eau tout court – cf. froid-polaire = cuve-et-canalisations-gelées) Alors on fait chauffer chaque litron d’eau à la casserole pour se laver, on le verse dans une cuvette ET VOILA. Parfois c’est rigolo, c’est l’aventure. Parfois, je me rends compte, une fois savonnée, que finalement j’ai pas assez d’eau pour me rincer la tignasse entière. Malgré cet inconvénient, on parvient à rester quand même propres (je me sens obligée de le dire), – l’avantage de l’hiver c’est qu’on transpire pas rien qu’en levant un bras.


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Les toilettes chimiques
Parlons vrai, parlons caca. Quand je vivais dans mon petit van australien, nous n’avions pas de toilettes. Il fallait trouver un coin secret pour nos petites affaires. La nuit, il fallait aller gambader dans le noir, ou se retenir si les coins où nous étions garés étaient trop exposés. Un vrai bordel les mauvaises semaines du mois. C’était rigolo mais un peu chiant. Alors les toilettes chimiques d’Hubert au début je les ai vénérées. Mais en vrai, les gars, ça pue. On a utilisé plusieurs marques de produit au fil des mois et certaines sont absolument inefficaces et ne jouent pas le job (je rentre pas dans les détails du rôle exact du produit chimique je suis trop chochotte pour en parler et vous avez deviné). L’impératif de ces toilettes c’est aussi qu’on ne peut les vider que dans des endroits spécifiques : les campings. Parce que oui, ce vilain produit peut être nocif pour une fosse septique donc interdiction de le vider dans des toilettes lambda. Et évidemment on ne laisse pas sa crotte chimique en pleine nature, on l’aime tellement (la nature pas la crotte).

 

L’humidité
L’humidité est l’ennemi juré de toutes les personnes qui vivent dans des vieilles maisons mal isolées. Elle a été ma copine de chambre pendant 4 ans à Paris dans mon appart sous les toits. Elle avait même ramenée son copain crado : le moisi. J’ai lutté pour m’en débarrasser mais elle s’est finalement installée dans Hubert… Le matin au réveil, les murs et les fenêtres dégoulinent de condensation qu’on essuie autant que possible mais l’eau a la nuit toute entière pour se glisser à des endroits impossibles. C’est comme ça qu’un matin en soulevant notre matelas on s’est rendu compte qu’il était trempé en dessous et couvert de moisi. Et ça en seulement quelques semaines. Après avoir tout lavé et désinfecté, on a acheté un sommier premier prix chez Ikea qu’on a cloué sous le matelas pour qu’il soit surélevé et que l’air circule. Au début, notre matelas était simplement posé sur le « sol » de la capucine. Mais je suis traumatisée et je rêve de moisi qui s’incruste dans mes cheveux et dans mes trous d’nez. Sale histoire.

 

Trouver un endroit où se garer 
La nuit : il nous faut une zone pas trop penchée (pour ne pas glisser l’un sur l’autre toute la nuit et parce que sinon nous avons des problèmes d’évacuation d’eau), accessible facilement en hauteur et en largeur (on est un peu gros quand même), pas trop craignos/inquiétante (comme par exemple éviter la zone de teuf des ivrognes fêtards du coin), pas placardée d’interdictions pour ne pas déranger les locaux et pas trop exposée au vent sinon on tangue toute la nuit et on est congelés de froid. Un ensemble qu’on a rarement trouvé.
La journée : en Angleterre, tous les parkings sont payants. Autour des zones un peu trop touristiques les prix sont exorbitants, payables seulement à la journée (impossible de ne payer que pour deux heures par exemple) et plus chères pour les campervans. De nombreux ont une limitation de hauteur à l’entrée (aka la barrière à ne jamais oublier sinon elle t’arrache ton toit, ta capucine et donc ton dodo et donc c’est la fin du monde.) Dans quelques rues il y a les fameuses places gratuites à timing limité. C’est celles qu’on cherche systématiquement maintenant mais puisqu’Hubert est un gros gars, ça rajoute encore plus de difficultés à la difficulté.

 

 

Le garabit d’Hubert.
Hubert est un gros tas (Décidément il s’en prend plein la tronche aujourd’hui). Sur les routes anglaises, il prend toute la largeur et parfois passe de justesse entre les buissons. Si on croise quelqu’un on prie et on crie (ou l’inverse). Grâce (= à cause) de lui, j’ai appris à faire des manoeuvres de pilotage extrêmes qui font mal aux bras et aux yeux et aux nerfs : croisement avec trois poids lourds les uns après les autres en l’espace de 15 minutes ou comment j’ai failli faire une crise cardiaque. En plus d’être encombrant, il est lourd et ne peut pas s’aventurer sur n’importe quel type de sol. On l’a compris le premier soir quand on a pris la route et qu’on s’est embourbé dans la gadoue et que j’ai maudis l’univers (et mes rêves de voyage et la vie sur la route et l’aventure) et qu’on a passé deux heures avec le dépanneur à essayer de le sortir et de le ramener sur le bitume. Hubert a aussi un peu de mal avec les côtes et les virages en tête d’épingle. Parce qu’il est lourd et gros il a du mal à grimper. On l’a découvert dans une montée à 25 % quand il a eu une fraction de seconde d’hésitation et qu’il est reparti en arrière.


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Ce soir, au moment où je publie cet article, on vient de récupérer Hubert après l’avoir attendu 10 jours pendant qu’il se faisait réparer son bobo au turbo et on est tellement heureux de retrouver notre cabane roulante. Rien n’est jamais facile, qu’on vive dans une maison ou dans un vieux camion capricieux mais une chose est sûre, cette vie-là nous a offert une liberté immense tellement belle.

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