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Le délice d’être vivante

17 août 2017

L’après-midi s’installe sur les routes de campagne que je traverse seule, mon impatience me grignote et me donne envie d’arriver au plus vite.

Je ne suis pas venue depuis des mois. J’y pense souvent à ma petite maison au milieu de son champ, ses volets fermés sur ses murs froids, le soleil et l’air n’y entrent plus pendant des journées entières.
Perchée sur sa petite colline, elle attend qu’on vienne l’habiter.

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Je laisse les courants d’air s’engouffrer par les fenêtres pendant que je vais cueillir des fleurs, je les disperse dans les vases, à chaque pièce de la maison son bouquet.
Toute seule ici, mes angoisses s’évaporent, je m’assoie dans mon fauteuil, je décide de rester dans le silence, les bruits du champs sont délicieux, je veux les savourer. Je ferme les yeux, je sens le vent se glisser sur moi, me dépasser et faire bruisser les feuilles des arbres.
Tout a l’air si vivant, palpable.
Les papillons quand ils se posent sur les fleurs se confondent avec elles. Les chants de tous les oiseaux se mélangent en un bruit délicieux. Le champ est très humide, l’herbe mousseuse gorgée d’eau, les arbres n’ont pas donné de fruits cette année. Je suis nostalgique des cagettes de pommes qu’on ramenait à ma grand-mère pour cuisiner des tartes.

La cloche de l’église de mon village répond à celle d’à côté. Un décalage léger prolonge le plaisir de les entendre.



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Le soleil commence à se coucher. Il fait danser les ombres sur tous les murs de la maison. Après avoir déployé ses rayons, il se cache, laisse le vent prendre toute la place, les nuages s’étaler, alors les moutons et les poules s’abritent.
Moi je continue de l’attendre, je l’observe de derrière la fenêtre, je le guette, prête à sortir pour avoir le droit, même quelques secondes, à ses caresses.


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J’allonge mon corps tout courbaturé, épuisé d’une journée à conduire. Je m’endors en écoutant les petits grincements du plafond.

Quelques heures plus tard, j’aperçois le jour se faufiler entre les lattes des volets. La nuit s’en va. Elle emporte son manteau d’obscurité et ma peur du noir avec. Je suis encore fatiguée mais tellement pressée d’aller dehors que je me prépare en quelques secondes.
J’enfile les bottes de ma mère, elle les a acheté à mon âge, le pull de mon père et je marche sur la rosée du matin.


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Je remue la terre toute la matinée et je retrouve mes souvenirs dispersés dans le champ.

Quand j’étais petite avec ma soeur on sautait dans le tas d’herbe près de la haie pleine de mûres. Les brindilles sèches nous piquaient les jambes, les bras et s’agrippaient dans nos cheveux, on s’en jetait des poignets, on hurlait, on chutait, inlassablement. Le soir, au moment du bain, dans l’eau flottait toujours de l’herbe.

J’ai mal aux bras, aux jambes, aux épaules d’avoir soulevé des outils qui font ma taille mais je suis heureuse de cette fatigue qui me rend plus forte, plus vivante.

Une brume tombe, je m’abrite avec un thé brûlant.
Quand la pluie cesse, les gouttes lourdes sur les feuilles des arbres et les pétales des fleurs font plier les branches. L’air est froid, il est épais, son odeur me chatouille.
Les heures filent, j’existe tranquillement, ma solitude me fait du bien, je laisse mes pensées se déposer, s’envoler,revenir, j’en bouscule quelques unes désagréables, je m’égare, je reviens ici, dans ma campagne pluvieuse et je me réjouis d’exister, du calme dans lequel je suis enveloppée chaque fois que j’habite là quelques jours.


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Mon corps est comblé de douceur.

La légèreté me tombe dessus,
si lourde
que je me répète combien
c’est un délice d’être vivante.


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