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ROAD-TRIP en Islande #3 : Le sud-ouest, de Selfoss à Kirkjubaerjarklaustur

17 octobre 2017

 

 

Après quelques jours en Islande à Reykjavik, le Cercle d’Or nous a offert nos premières merveilles islandaises. Ce matin, toujours au sud de l’Islande, nous laissons Selfoss derrière nous en direction de l’est, sans savoir où nous nous arrêterons ce soir. 

 

LE SUD DE L’ISLANDE : DE SELFOSS A VIK

 

Quelques kilomètres après Selfoss, on emprunte la route 31, notre première piste cahoteuse et poussièreuse jusqu’aux doubles chutes de Hjálparfoss.
Le site est magnifique, si calme, rien qu’à nous.
Le soleil illumine la journée, les couleurs sont belles, le bleu de l’eau varie, profondément intense à certains endroits et quasiment transparent, limpide à d’autres. Le calme de l’endroit me transporte. Je m’envole dans mes rêves en m’imaginant habiter ici et me réveiller chaque matin de ma vie devant ce paysage.

 

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On emprunte des chemins imprévus, seuls au monde sur la route, la musique berce les kilomètres.
On dévore le bitume sans destination, au fil de nos envies, de nos découvertes.
Je me délecte de cette liberté, rien ne nous attend, nous n’appartenons qu’à la route, à l’Islande, à l’un et l’autre.



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Seljalandsfoss s’aperçoit de loin depuis la route principale.
Sans encore l’entendre, je sens déjà sa force incroyable.

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Un escalier glissant permet de passer derrière la chute. Entre les marches, plein de déchets s’entassent, je suis complètement horrifiée qu’un site aussi joli soit aussi sale…
Je continue à avancer sur le chemin gadouilleux et c’est la douche absolue. En quelques mètres on est trempés par la brume, des arcs en ciels se forment, je m’extasie, la roche est trempée, recouverte de mousse presque verte fluo. Il faut grimper un peu pour rejoindre l’autre côté.

 

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Une fois redescendus, on prend la direction de Gljúfrabúi, une chute située à quelques mètres et en partie cachée derrière la roche.

Pour rejoindre le bas de la cascade, il faut marcher dans son ruisseau et passer par le creux situé entre les parois étroites qui la cachent. Puisque nous avons laissé nos tenues waterproof dans la voiture, Quentin suit un autre chemin et réussit à avoir un point de vue du dessus. Il grimpe entre les rochers glissants pendant que moi je m’allonge au soleil, dans l’herbe. Je profite des rayons, si rares depuis notre arrivée, j’ai même chaud et j’abandonne le moelleux de mon Lopapeysa.

 

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Le long de la route, on passe devant des fermes très isolées. La plupart proposent des lits pour la nuit, parfois des cafés…
Je me demande comment ça doit être de vivre ici, aussi loin de tout, de subvenir à ses besoins grâce à la terre.
Je me demande à quel rythme le temps file dans ce coin là du monde,
est-il plus lent ?
moins angoissant ?





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Nous improvisons une randonnée dans la vallée de l’Eyjafjallajökull. Par hasard, on emprunte une piste de plus en plus cahoteuse, détruite par des nids de poules. Au bout, plusieurs voitures sont garées, je me demande comment certaines, des citadines basses, ont pu faire le chemin sans se casser en morceaux et finir en épave.
Le paysage est incroyable, la terre est si noire, l’herbe se mélange de jaune et de vert, le sommet enneigé se confond dans le ciel blanc. Le monde devant mes yeux a l’air gigantesque, sans limite, interminablement beau et majestueux.


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Mon coeur danse, je n’ai réellement jamais vu une nature si belle.
Je crois marcher dans une gigantesque photo, je voudrais toucher ce qui s’impose à mes yeux pour être certaine que c’est réelle.
Je voudrais prendre le monde dans mes bras et lui dire merci, merci d’être un rêve, merci d’être si beau, merci de me laisser exister, merci mes yeux de me laisser voir ce spectacle fou, merci mes jambes de me porter jusqu’ici, merci, merci, merci.
Le soleil fait courir les ombres sur l’herbe, des puits de lumières se faufilent entre les nuages cotonneux, les émotions se jettent sur moi, les mots se mélangent, je ne sais pas lesquels choisir.

 

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On remonte un cours d’eau en sautillant sur les rochers et en marchant sur un pont bancale. Les gens qu’on croise sont de plus en plus nombreux et tous portent un sac en plastique à la main. Avec Quentin, on se demande si, sans le savoir, on aurait suivi le chemin vers Seljavallaug, la plus ancienne piscine géothermale d’Islande, construite en 1923, évoquée dans le Lonely Planet.
Après avoir aperçu des tuyaux et des grosses cuves fumantes, notre supposition se confirme. Nos maillots de bain sont dans la voiture, nos serviettes aussi. Le froid et le vent nous griffent un peu, on se dit qu’on reviendra.

 

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On arrive à Vik en début de soirée, sous une pluie froide. J’ai envie de pleurer à l’idée de monter la tente dans ces conditions et d’allonger mon dos déglingué de douleurs sur notre matelas pourri. Ce soir, il nous faut un toit où dormir. Assis dans la voiture, on cherche avec nos réseaux boîteux dans les alentours mais les hôtels, guesthouse et airbnb du coin sont hors de prix. Quand je commence à désespérer, on finit par tomber sur une auberge : Hostel Vik. Par chance, il reste pour nous les 2 derniers lits dans un dortoir de 4.

J’aime bien cette petite auberge perchée en haut de la ville, elle est confortable, je m’y sens au chaud et abritée. Ses rideaux à dentelle, son entrée avec des fauteuils en velour beaucoup trop mous, son carrelage marron ringard, ses théières étalées sur le bord de la fenêtre de la cuisine, tout lui donne un air de vieille maison de campagne…


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Ici, à Vik, le soir est plus sombre qu’ailleurs, la ville est la plus pluvieuse d’Islande, comme coincée dans un énorme nuage de brume, enfermée dans une atmosphère sombre, pesante, complètement isolée, sourde à tous les bruits du monde qui l’entoure, juste au bord de sa mer en colère, au bord de ses falaises noires. Quelque chose d’étrange, d’impalpable flotte ici.

Couchés tôt, chacun dans nos lits, l’un au dessus de l’autre mais la main dans la main avant de s’endormir, je savoure d’être sur un matelas à peu près moelleux, d’avoir chaud et de partager ma vie avec Quentin.





Le Sud de l’Islande : De Vik à Kirkjubaejarklaustur

 

La nuit à été réparatrice à l’auberge, je me réveille en meilleure forme, prête à affontrer la météo changeante, capricieuse et têtue.

Nos explorations de la journée commencent avec les plages de sable noir de Reynisfjara et Dyrhólaey. Nos équipements de cosmonautes enfilés : k-ways et pantalons de pluie, on s’aventure sur le sable noir qui est en faites des cendres volcaniques, c’est un peu étrange quand ony pense. Les grains sont épais, lourds, parsemés de galets polis, les vagues immenses, dangereuses, les “sneaky waves” jettent leur écume à nos pieds. J’ai l’impression qu’ici la mer vivante, sauvage peut nous emporter plus vite qu’ailleurs.
Les orgues basaltiques sont si parfaits et lisses qu’ils ont l’air d’avoir été façonnés à la main. Comme à Vik, le lieu, dans son nuage gris, est ténébreux, sombre. Le soleil ne brille pas ici aujourd’hui.

 

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Il est peu de choses aussi belles que la mer par une magnifique journée ou par une nuit limpide, quand elle rêve et que le clair de lune est la somme de ses rêves. Pourtant la mer n’a nulle beauté et nous la haïssons plus que tout quand elle élève ses vagues à des dizaines de mètres au-dessus de la barque, au moment où la déferlante la submerge et nous noie comme des chiots (…)
Et là, tous sont égaux. Les crapule et les justes, les colosses et les mauviettes, les bienheureux et les affligés. On entend quelques cris, quelques mains s’agitent désespérément, puis c’est comme si nous n’avions jamais existé.
Jón Kalman Stefánsson




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En 1973, un avion de l’US NAVY s’est écrasé sur la plage de Sólheimasandur. Depuis sa carcasse est devenue une zone de pèlerinage touristique vers laquelle nous allons à notre tour, en milieu de matinée. Maintenant, le site est fermé aux voitures, il faut se garer très en amont, au bord de la route principale et traverser la zone à pieds. 7 km aller-retour. 
J’étais curieuse de découvrir cet endroit, j’en ai vu mille photos, je pensais qu’on irait à sa conquête comme des explorateurs, seuls, un peu à l’aveugle. Mais à notre arrivée le parking est rempli de voitures, la pluie continue de tomber. Derrière la fenêtre ruisselante du 4×4, j’ai envie d’abandonner et de rester au chaud, loin de la foule. Je bougonne, je m’agace et je sors quand même. Les bourrasques m’assourdissent, le sable humide s’enfonce sous mes pieds, la pluie me transperce littéralement. Chaque pas devient compliqué et pendant 3,5 km j’ai plus du tout envie d’être une exploratrice.


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Arrivés devant la carcasse j’observe le mouvement des gens. Une nana grimpe dans la coque qui craque sous ses pieds. Autour de moi, c’est la course à la plus belle photo. Je suis agacée par ce rapport étrange au voyage, ce besoin de s’exposer dans des endroits “populaires”, intéressants uniquement parce qu’ils ont déjà été instagrammés…  Les gens posent, défilent et moi je ne vois aucune magie. 


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Par hasard, sur la F 214 en direction de Pakgill, on s’enfonce dans des vallées verdoyantes.
On avance à l’aveugle, guidés simplement par notre curiosité. On partage notre solitude, le silence nous enveloppe, les montagnes se recouvrent de printemps, l’herbe commence à pousser et à verdir, à peine visible par endroit. La piste devient de plus en plus compliquée à pratiquer, il faut faire demi-tour au bout de plusieurs kilomètres.
Mais c’est sans déception que nous repartons en sens inverse. Ces bouts de chemin hasardeux, à tâtons sur les pistes cabossées ressemblent à des petites aventures secrètes.

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La journée passe mais le temps reste moche, tellement humide, comme si les gouttes étaient suspendues dans l’air. On décide de ne pas monter la tente ce soir encore. Le long de la route 1, juste après les immenses champs de mousse qui ressemblent à des troupeaux de tortues, la carte indique un village avec un nom à rallonge, 2892198 lettres, 1289182 syllabes, traduisible en français par 989891 mots. Kirkjubaerjarklaustur. On y dort dans la guesthouse Klausturhof, au bout de la rue principale. Cette fois, on a une petite chambre confortable rien que pour nous deux.
La vue donne sur la falaise broussailleuse, un pré avec pleins de mignons chevaux islandais et encore plus loin une ferme entourée de bottes de pailles emballées. Ça sent bon la campagne, la fraîcheur me fait du bien, je suis contente d’être ici.

 

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Après presque une semaine sur la route, on a besoin de laver un peu de linge alors on profite d’une vraie salle de bain avec un grand lavabo. Après avoir tendu une corde d’un bout à l’autre de notre chambre, on accroche nos vêtements dessus, c’est maintenant un gros bazard et le moment de ressortir explorer les environs. Ces petits moments du quotidien me réjouissent par leur simplicité et le temps qu’on leur accorde alors que dans notre routine parisienne ils sont devenus des automatismes sans intérêt.

Derrière la guest-house, se dresse Systrafoss, la chute la plus petite qu’on ait vu. A ses pieds commencent plusieurs chemins de randonnées. On choisit celui qui mène jusqu’à Systravatn, le “lac des soeurs”. Il passe au milieu d’arbres, les premiers qu’on voit depuis notre arrivée en Islande. Ce sont les plus grands du pays, pourtant ils n’ont pas atteint une taille vraiment impressionnante. Des oiseaux bizarres se cachent dans leurs cimes. Ils font des bruits improbables, qu’on essaie d’imiter sans y parvenir (ahah). L’ascension se fait par des marches construites dans la roche, un peu trop hautes pour mes petites jambes et un peu trop bancales pour le vent-tempête qui me fait douter de mon assurance.  


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Arrivés au lac, l’ambiance est toute autre. Le ciel est bas, peut être qu’on pourrait le toucher du bout des doigts, juste le frôler, je me sens comme dans un nuage sombre d’avant l’orage. L’herbe est verte, orange, gorgée d’eau, de la mousse s’étale à perte de vue. J’aperçois la route circulaire, la terre bosselée qui la borde et l’horizon a encore disparue dans la brume, l’immensité, l’infini m’intimident en même temps qu’ils m’apaisent et me comblent de joie.

 

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Une légende raconte que des nonnes sont mortes ici après avoir plongées dans l’eau en voulant attraper un peigne en or qui en serait sortie.
Il y aurait donc un monstre et un trésor au fond du Systravatn. (J’aime pas trop.)

 

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Une fois redescendus, on cuisine notre repas du soir, au pied de la cascade, sur une table en bois en écoutant de la musique et en regardant l’eau couler. Le réchaud s’éteint plusieurs fois mais notre obstination à le rallumer l’emporte. Malgré les caprices de la météo, on vit vraiment dehors pour la première fois et je jubile.

 

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Cette nuit, le vent et la pluie frappent la taule de la guesthouse et me réveillent. Quand je regarde par la fenêtre je vois tous les petits chevaux de la ferme rassemblés et collés les uns contre les autres sans donner l’impression de lutter contre la violence des rafales qui pourtant m’hallucinent depuis notre arrivée sur l’île. Je suis contente d’être au chaud mais je les regarde en me demandant s’ils ont froid dans la tempête puis je m’imagine que c’est les miens, que j’habite ici, au milieu de toute cette herbe, proche de la cascade, dans un village avec un nom de 4748393 lettres, au pied des falaises. J’imagine faire l’expérience longtemps des nuits sans obscurité, des soudaines et violentes averses, des températures folles qui glacent jusqu’aux os. Je me laisse glisser dans mes rêves éveillée, à la fenêtre de la petite maison islandaise et c’est si doux que je n’ai pas envie de retourner me coucher.

 

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Les rêves sont la lumière qui éclaire l’homme, la clarté qui le nimbe; en leur absence, il n’y a que les ténèbres, vous savez donc ce qui vous attend si vous cessez de rêver, vous savez d’où vient la nuit en l’homme.
Jón Kalman Stefánsson



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Les photos de cet article ont été prises par moi-même et par mon amoureux-le-plus-beau-du-monde.





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2 Comments

  • Jolies lueurs

    “Je me demande comment ça doit être de vivre ici, aussi loin de tout, de subvenir à ses besoins grâce à la terre.
    Je me demande à quel rythme le temps file dans ce coin là du monde(…)” Tu as mis en mots des réflexions que je me suis faites si souvent en Islande !
    Cette nature si belle, si brute, m’a bouleversée. C’est un voyage qui touche au plus profond de soi, entre les torrents qui grondent, le vent qui hurle, la mer qui s’agite, les oiseaux et leur frénésie, les chevaux impétueux crins au vent, les moutons paisibles…Et ces routes cahoteuses, infinies, perdues dans les immensités.
    Très bel article & photos, j’aime beaucoup ta façon de voir les choses, de les dépeindre avec simplicité et sincérité.
    J’ai écris un article sur le canyon de Fjaðrárgljúfur, situé tout près de Kirkjubaejarklaustur, justement. N’hésites pas à y jeter un œil si le cœur t’en dis 🙂 https://jolieslueurs.com/2017/10/15/le-canyon-de-fjadrargljufur/
    A bientôt !

    18 octobre 2017 at 16 h 42 min Reply
    • Gomar

      Oh merci pour ton petit mot qui me fait vraiment plaisir 🙂
      C’est fou comme l’Islande fait du bien, comme elle émerveille et les souvenirs magiques qu’elle laisse !
      (Je parlerais du canyon dans mon prochain article, on a fait un petit demi-tour pour l’explorer après notre nuit à Kirkju.)
      A bientôt
      Margot

      18 octobre 2017 at 17 h 37 min Reply

    Laissez une petite trace de votre visite :)

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