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ROAD-TRIP en Islande #5 : Le nord

4 décembre 2017




Après avoir quitté le vent du sud et ses glaciers direction le nord de l’Islande. Le soleil, caché depuis notre arrivée, nous réchauffe enfin et nous abandonnons même nos gros manteaux. Je découvre l’Islande sous une lumière éclatante et mes premiers hot pot islandais, ce délice absolu.



Le Nord de l’Islande : de Eidar à Laugar

 

Au matin, après le petit-déjeuner, on quitte Eidar et les fantômes que j’y ai inventé.
On file sur la 931, faire le tour de la rivière Lagarfljöt (ou Lögurinn), il parait qu’il y a un monstre dedans, alors on garde les yeux grands ouverts.

Depuis notre arrivée sur la route, les mythes de l’île me fascinent. Les islandais imaginent de la vie dans tout ce qui nous entoure. Les trolls se sont figés et sont devenus des rochers, les elfes vivent dans les falaises…
Je commence à saisir ce besoin d’expliquer la nature d’ici, tellement violente, extrême et têtue, les tourbillons de vent, les chutes puissantes, les champs de mousse infinis, les volcans grondants, la noirceur des montagnes, les déchaînements de l’océan, la neige qui recouvre les villages et les rend invisibles… La force qui agite l’Islande ne peut pas être explicable rationnellement.

 

Islande, Road-trip, itinéraire, Litlanesfoss, Hengifoss

 

Litlanesfoss et Hengifoss

 

On s’arrête à Litlanesfoss et Hengifoss. La première chute ne fait que 30 mètres de hauteur, c’est un bébé mais elle se glisse sur des colonnes basaltiques, ces genres d’escaliers étranges formés par la lave, comme on en avait vu sur les plages de Vik.

 

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Hengifoss, la plus impressionnante des deux cascades, se rejoint au bout de longues minutes de grimpette gadoueuse. Depuis le parking, il n’y a que 2,5 km de marche mais le dénivelé de 270 m et la rivière qu’il faut traverser en sautillant sur les rochers rendent le parcours un peu aventureux.
D’en bas, la chute nous domine de toute sa hauteur et mes yeux s’attardent sur ses parois, en paliers, rouges et noires. On s’approche autant qu’on peut mais les rochers nous barrent le passage et le bruit incroyable de l’eau m’incite à garder une distance.

 

Islande, Road-trip

 

 

 

 

 

Le toit du monde

 

Islande, Road-trip

 

Après notre rando du matin, en continuant vers l’ouest, nous montons en altitude, Quentin me dit “on est sur le toit de l’Islande”. Le thermomètre baisse, la route est bordée d’épaisses plaques de neiges qui fondent et se transforment en gigantesques flaques d’eau.Les kilomètres filent sans une seule trace humaine. On est seuls tout en haut du monde. Le froid glacial souffle sur la voiture. Je nous sens si petits, si fragiles.

 

 

 

 

 

Le Nord de l’Islande : de Laugar à Akureyri

 

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Dans la région de Myvatn, le paysage n’est plus enneigé, il est fumant. On aperçoit le Blue Lagoon du nord, un lac toxique d’un bleu si clair. En sortant pour s’en approcher, l’odeur d’oeuf pourri nous prend au nez. Jusque là, nous n’avions senti le souffre que dans l’eau du robinet et à Geysir mais rien aussi fort qu’ici.
D’épais nuages montent dans le ciel, la lumière se cache, nos photos sont moches, le froid mordant nous incite à chercher un endroit où passer la nuit. Dans le coin, peu habité, on parvient à trouver une guesthouse douillette. Par chance la dernière chambre est pour nous. Ensemble et au chaud, on se glisse sous une couette moelleuse alors que dehors le vent glace la terre bouillonnante du nord.


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La sérénité de Myvatn Baths

 

Au petit matin, à Myvatn Baths on arrive les premiers, à l’ouverture, quand la foule dort encore. Après avoir bien réfléchit, on s’est autorisés cette dépense de 4000 kr.
Les vestiaires sont totalement vides, tout comme le bain brûlant. L’endroit nous appartient.

 

Myvatn Bath, Islande, Road-trip

 

Les premières minutes sont un peu difficiles à cause de l’odeur. La texture de l’eau est bizarre, presque “épaisse” et j’ai la sensation qu’elle laisse une couche sur la peau mais je finis quand même par réussir à plonger la tête dedans.

La température varie selon les endroits du bassin, entre 36 et 40 degrés. L’eau vient du sol et est refroidie jusqu’à atteindre une température confortable. Certaines zones sont tellement brûlantes qu’il devient difficile de respirer.



Myvatn Bath

 

On observe au loin les volcans, les sommets blancs des montagnes. C’est bizarre d’avoir chaud face à la neige. Je flotte, on nage, on se câline, on s’observe. L’eau est du même bleu que les yeux de Quentin et chaque fois que je le regarde mon coeur fond. On rit, je suis dans un nuage de douceur, je m’évapore, heureuse d’exister, d’embrasser la nature et ses richesses infinies. Ma joie doit être visible, suspendue dans l’air autour de moi, elle m’enveloppe. Je reprends goût à la lenteur, j’oublie que ce voyage à une fin, j’oublie le reste du monde, je déconnecte, je me laisse aller, mes paupières se ferment et je me glisse toute entière dans l’eau brûlante.

Au bout de deux heures, le bassin commence à se remplir de monde, on décide de quitter à contre-coeur la plénitude absolue du bain de Myvatn.

Je me sens légère, reposée, soulagée. Je ne m’étais pas sentie aussi heureuse et sereine depuis bien longtemps. J’ai l’impression d’avoir nagé dans une potion magique immense.

Toute la journée je repense à l’eau bleue et au lâcher prise. Je ferme les yeux et je me téléporte dans ces moments qui sont déjà des souvenirs…

 








Le désert orange d’Hverarönd

 

Avant de continuer notre traversée vers l’ouest du pays, un détour vers le site de Hverarönd, quelques kilomètres en arrière s’impose. La lumière est meilleure qu’hier, nous voulons en profiter. De loin, le champ géothermale fume.

 

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Un impressionnant désert orange s’étale sous nos yeux, au pied de la montagne Námafjall. Se retrouver dans un environnement pareil alors qu’hier on traversait des zones enneigées est incroyable. La même odeur de souffre qu’hier flotte dans l’air. Si forte, je m’imagine qu’elle va se déposer sur moi et que je ne pourrais plus jamais m’en débarrasser. Des pontons en bois permettent de se pencher au dessus des marres pour observer les bulles de boue grises, presque bleues, éclater et éclabousser les alentours.

Entre les cratères bouillonnants, les fumerolles, les fissures et arcs en ciel de couleurs sur le sol je ne sais plus où donner de la tête.

 

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Les cheminées fumantes sifflent et crachent en continu une vapeur blanche, épaisse. En montant dans le ciel, elle se dissipe très haut et on la confondrait presque avec les nuages. L’odeur immonde de souffre me dérange mais je traverse le champ, fascinée par les nuances colorées et la danse du soleil sur le sol doré. Sous nos pieds, la nature s’agite, gronde, tremble. On est si petits, si vulnérables et j’adore cette sensation d’être remise à ma place.

 

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Le lac Myvatn

 

En repartant, grâce au ciel dégagé, on longe Myvatn en profitant de ses couleurs explosives et contrastées. La noirceur de la lave, la verdure des mousses et de l’herbe, le lac intensément bleu… J’aperçois des cratères à la tête de petites montagnes, on se demande si ce sont des volcans encore actifs. J’aimerais m’arrêter à chaque kilomètre, j’ai peur de ne pas avoir assez de mes deux yeux pour remarquer et inscrire tous les détails dans ma tête.

 

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Les moutons et les chevaux broutent au milieu des champs de lave séchée, la vie a repris dans des paysages qui portent encore des stigmates de catastrophe. A quelques mètres seulement de l’église de Reykjahlíð, une coulée de lave s’est figée, épargnée de justesse, j’en croirais presque qu’il y a un bon dieu.

Je m’imagine vivre sur une terre aussi explosive, incertaine. Je me demande si on s’habitue et si on oublie qu’on a les pieds sur un sol bouillonnant et que tout peut nous péter à la gueule. Comment c’est de vivre ici ?



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Dettifoss

 

Peu avant midi, on arrive sur le parking rempli de Dettifoss. Pour rejoindre la cascade on traverse une immense étendue grisonnante et caillouteuse sous un ciel magnifique. Cachée dans une faille, les trombes d’eau qu’elle déverse m’éclaboussent et je suis toujours aussi impressionnée qu’il y a bientôt trois semaines devant Gulfoss.

 

Islande, Road-trip, Dettifoss

 

Le printemps islandais est une étrange transition. Partout, là où le froid a figé l’eau, la glace commence à fondre. L’hiver a l’air encore tellement proche, à peine envolé. J’aimerais le passer ici un jour, faire l’expérience du froid extrême, des journées noires, des tourbillons de neige, des étendues blanches à l’infini.


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Si j’avais un voilier bleu

alors
dès aujourd’hui

je partirais

Pour pouvoir
au plus vite

revenir
ici

Isaak Harðarson

 

 

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Islande, Road-trip

 

Arrivés à Akureyri, à l’entrée de la ville, je me sens mal à l’aise. Tout a l’air si moderne, riche, chic. Puisque le soleil nous suit et nous réchauffe, on rejoint le camping sur les hauteurs de la ville et on plante notre tente face aux montagnes.
La douceur de l’air nous offre une soirée de répis. Le vent s’est arrêté, assis dans l’herbe on cuisine, on bouquine et on papote sans avoir à lutter contre les bourrasques. Des oiseaux volent au dessus de nous et on écoute leurs cris fous.

 

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D’Akureyri à Blönduós

 

Ce matin, comme hier soir, on ne veut pas aller se balader dans les rues d’Akureyri. Je suis même pressée de partir. Le peu que j’ai vu de la ville ne m’a pas plu et peut être, qu’après autant de jours sur la route, on commence à devenir un peu sauvages…




La piscine perchée d’Hofsós

 

Dans Skagafjörður, à Hofsós une belle piscine a été construite sur le flanc du fjord, on décide d’aller y barboter quelques heures.

Je suis à nouveau hallucinée par l’absence de pudeur des islandais et par leur manque de méfiance.
Les vestiaires sont équipés de casiers dans lesquels on peut faire rentrer seulement un téléphone et un porte-feuille. Le reste des affaires est posé dans des paniers en plastique sur les bancs, sous les portes-manteaux. Personne n’a l’air d’anticiper un potentiel vol et pendant quelques minutes je me trouve un peu con avec tout mon bordel dans les bras que j’ose absolument pas laisser là sans surveillance.

Les nanas, de tous les âges, des gamines, des quarantenaires et même des mamies, sont nues, l’air de rien, sans chercher à se cacher. Je suis enroulée dans ma serviette avec la peur atroce de me découvrir.
Je regarde autour de moi et je réalise à quel point la méfiance est pesante et combien je me rends triste à m’imaginer le regard négatif des autres sur mon corps à moi.
Toute seule, dans les vestiaires d’une piscine pomée au bord d’un fjord, je me fais violence et je décide d’en avoir rien à foutre, de faire confiance, aux autres et puis à moi-même. Je décide que ça va aller.


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Je rejoins Quentin et on s’assoit dans le hot pot en plein air. Des gens s’y détendent pendant que les enfants s’amusent dans le grand bassin avec un tas de jouets en mousse. Assise au calme, les yeux sur le fjord lumineux, je pense à ce rapport au corps.
Je réalise combien ça doit être apaisant de vivre en considérant son corps tout autrement, simplement comme une enveloppe dont il faut prendre soin, qu’il faut respecter sans avoir honte de ses changements. Il est opressant ce besoin constant de s’aligner sur des images superficielles qu’on nous montre, ce besoin de correspondre à la norme, d’être beau selon des critères qu’on a jamais décidé. Peut être qu’il faudrait commencer à savourer ce qu’on a, à l’aimer, à percevoir la vraie beauté de nos formes de fille, de la vie qui laisse ses traces sur nos peaux. Peu à peu, je me laisse aller, j’essaie d’oublier mes peurs d’exposer mon corps, j’essaie de ne pas me tortiller dans tous les sens en sortant de l’eau, comme si j’allais être moins visible, échapper aux regards. Je décide de m’en foutre et l’air de rien, je m’en fous.

Je me plonge toute entière dans le moment présent. La piscine est belle, encastrée dans la falaise, c’est comme se baigner dans le fjord. Le soleil est magnifique, on se tartine même de crème par crainte de rougir, on joue ensemble dans l’eau, on s’attrape, on se fuit, on s’embrasse, on se dit mille mots d’amour, on fait les cons, on est des gamins un peu plus vieux que ceux qui nous entourent. Les heures passent, j’ai plus envie de sortir et tout va tellement bien.










Rêver

 

 

L’Islande est si envoûtante, violente.
La nature si puissante me bouleverse tous les jours.
Je rêve des routes islandaises depuis des années et chaque jour je me chuchote “tu réalises ton rêves”.

J’aimerais pouvoir rester ici sans limite de temps, sans date de retour.
J’aimerais me fondre dans chaque élément, comme si j’étais moi aussi un morceau d’Islande.







Les couleurs éclatantes de Siglufjörður

 

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A Siglufjörður, un joli village de pêcheur, le soleil du nord brille sur le port et les montagnes se reflètent dans l’eau.
Où qu’on soit, entre les toits on aperçoit les montagnes enneigées gigantesques. La ballade est une immense bouffée d’oxygène, tellement intense et agréable. Le calme enveloppe la ville, le silence aussi. On déambule au hasard des petites rues, je flotte sur un nuage de légèreté.

 

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S’envoler

 

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Au fil des jours, je lâche prise, de plus en plus, je m’envole dans mes pensées souvent et j’existe tellement.
Je n’existe que dans le moment présent, je n’existe que pour dévorer les kilomètres avec Quentin, pour partir à la conquête des pistes islandaises, soulever des nuages de poussière derrière nous, chanter fort, danser en conduisant, se crier qu’on s’aime, s’embrasser partout, manger des skyrs, réduire notre confort au minimum, dormir dans des endroits différents chaque jour, me sentir chez moi dans les bras de mon amoureux, écouter le vent, la pluie, l’océan se jeter sur la cendre noire des plages, respirer à m’en étourdir, emprunter des chemins au hasard de nos envies, cuisiner par terre, marcher dans le froid griffant, improviser, relativiser, se rassurer, pleurer de joie, foutre une claque aux angoisses,
veiller aux traces qu’on laisse derrière nous, n’exister que pour être vivant, sans superficiel, sans besoin inventé, en donnant le meilleur de nous même, en étant gentils, courageux et bienveillants…


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La danse des oiseaux de Blönduós

 

On atteint Blönduós dans la soirée, on trouve une chambre au-dessus d’un restaurant, au bord de l’eau. La pièce pue la nourriture, il fait 178192 degrés mais je me console avec la jolie vue.
Au dîner, on cuisine sur une table en bois près d’une cabane observatoire.
La rivière Blanda traverse la ville et se jette dans l’océan. Les deux ne se mélangent pas, on voit l’endroit exact où ils se rejoignent.


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Sur la plage, je suis époustouflée par les oiseaux. Je les regarde danser, en un mouvement absolument parfait, ils ont l’air de n’être plus qu’un, ils se soulèvent dans un nuage et se posent les uns à la suite des autres sur le sable noir.
Je suis comme envoutée. Je voudrais rester ici des heures à les observer se mouvoir.


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Je m’endors contre Quentin en écoutant le bruit apaisant des vagues se jeter sur le sable.








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