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ROAD TRIP en Islande #6 : Les fjords de l’ouest et la péninsule de Snæfellsnes

20 décembre 2017

 

Nous quittons le nord et son soleil lumineux nous suit sur les routes interminables et tortueuses des fjords de l’ouest. Plus seuls que jamais, ces journées à flanc de montagne, sous le ciel magnifique de l’Islande, m’invitent à me laisser aller dans mes pensées et mes rêves…

 


De Blönduós à Reykjanes


Ce matin à Blönduós le soleil cogne contre la fenêtre, la chambre est étouffante, je me précipite sur la plage chercher la fraîcheur et en descendant j’espère de tout mon coeur que les oiseaux seront encore là et qu’ils danseront comme hier.
A mon arrivée, ils sont posés sur le sable noir, je me dis qu’ils m’attendent. Je m’assoie sur des galets, l’humidité salée de la mer m’aide à sortir de mon sommeil trop lourd, je respire la fraîcheur, je me dissous dans l’air, je vole avec les oiseaux… mes paupières se ferment, je me réinvente.

Les minutes passent, je sens la présence de Quentin derrière moi, son appareil photo à la main, toujours.
C’est l’heure du petit déjeuner à la cabane d’observation avant de grimper dans le 4×4 et de commencer la longue route d’aujourd’hui.





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On fait un détour par la route 715 jusqu’au canyon de Kolugljúfur où passe la rivière Viðidalsa, perdu au milieu d’une plaine entourée de moutons. Comme plusieurs fois depuis le début du road trip, on les croise au milieu de la route, éloignés du troupeau, les agneaux collés à leur maman. Pas effrayés, ils bougent lentement, comme si on les dérangeait et qu’ils voulaient nous agacer en prenant tout leur temps pour se pousser.

En sortant de la voiture, l’odeur de l’herbe fraîche et humide me chatouille le nez. Ça me rappelle les journées de tonte en Normandie quand j’étais petite. Je passe un moment à regarder l’eau couler au milieu du champ et puis se fracasser sur la paroi, face à la vraie, grande cascade. Je fais tourner en boucles des souvenirs de moi, en pleine campagne, avec mes bottes en caoutchouc, lancée dans des aventures folles, près de la rivière de mon village.

Après avoir passé un peu de temps près du canyon, on reprend la route direction les fjords de l’ouest, le coin le plus sauvage de l’Islande d’après nos lectures.


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On fait un détour par Drangsnes, sur la 645 au creux du Steingrimfjörður.
Des hot pots sont installés à l’entrée de la ville, tout au bord du fjord. Deux islandaises y barbotent en discutant, le visage tourné vers la lumière bleue du nord. 
L’eau est brûlante, l’air est doux, je laisse mon esprit se balader en regardant le soleil essayer de réchauffer l’océan glacé fondu dans le ciel, les sommets enneigés des montagnes, les aller et venus des bateaux dans le port. Ces moments me semblent essentiels, mon cœur a besoin de flottement, de douceur, de légèreté.
C’est si bon d’être si loin et si seuls.


Drangsnes2




 

La route 61 nous mène jusqu’à Reykjanes, dans Isafjörður. Comme dans l’est de l’islande, les routes, à flancs de montagne, nous offre des panoramiques impressionnants sur les fjords et l’océan.


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On a eu du mal à trouver un hébergement dans cette partie du pays. Pour cette première nuit dans les fjords, on dort dans une auberge, une ancienne école réhabilitée qui propose l’option duvet. Le propriétaire nous dit qu’il a vu des baleines faire des bonds dans le coin. Il ressemble à Clay Morrow mais en gentil.
Notre chambre est dans le bâtiment principal, au début d’un couloir où nous sommes les seuls à loger. Sur la façade grise, des fissures rebouchées courent dans tous les sens. Le mobilier est vieux, ringard, décrépi, les rideaux à froufrous aux fenêtres sont poussiéreux, les tissus des chaises se déchirent. Ça a l’air peu habité, comme si on était les premiers à revenir dans la chambre depuis longtemps. Après avoir posé nos sacs, je supplie Quentin de venir avec moi se baigner dans l’énorme hot pot fumant à l’est de l’auberge. Je deviens folle des bains chauds islandais.

A l’accueil, on peut acheter des snacks et à boire. On se partage une canette de Viking, le soleil illumine le perron, c’est notre premier apéro dehors, la bière est légère et on commence à avoir faim.
Clay Morrow (en-gentil) nous guide jusqu’à une ancienne salle de cours de cuisine où préparer notre repas.
Pendant la cuisson des pâtes, on s’aventure, discrètement, dans les couloirs alentours. La plupart des portes sont fermées malheureusement. Sur le murs du premier étage, s’étalent les photos de toutes les promotions des débuts de l’école jusqu’à sa fermeture. Ca commence environ en 1937 et ça termine dans les années 90. En regardant les trombinoscopes géants, on se marre des ravages de la mode à certaines époques. Il y a définitivement des tendances capillaires à proscrire pour l’éternité.


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De Reykjanes à Tálknafjörður



Devant le bâtiment gris, on déjeune sur une table en bois, il fait froid, on rajoute des couches mais le vent me fait du bien après la nuit encore trop brûlante dans la chambre sans fenêtres. Ça reste un mystère islandais sur lequel on fait des théories. Pourquoi les maisons ont si peu de fenêtres qui s’ouvrent ?




En roulant dans les fjords de l’ouest, sur la 61, je prends conscience réellement de ce que j’ai lu à propos de cette région de l’Islande. Le coin le moins habité de l’île, le plus sauvage et une bonne partie de l’année certaines routes restent fermées, inaccessibles. Certains endroits sont alors complètement coupés du monde et atteignables seulement par la mer.

L’océan infini se fond dans le ciel, on ne peut presque pas les distinguer l’un de l’autre. Au creux du fjord, de l’autre côté j’aperçois la suite du chemin serpenter sur les flancs de la montagne découpée naturellement en escaliers. La route a l’air si proche mais il nous faudra un long moment avant de l’atteindre. Une voiture apparaît de temps en temps derrière nous et nous double souvent à vive allure malgré l’étroitesse des pistes.


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Sur la route la distance et l’isolement amplifient les émotions, c’est parfois difficile d’être deux ensemble du matin au soir, de supporter les humeurs de l’autre, de manquer de solitude. Mais sur la route, avec Quentin, sortis de notre quotidien, on devient une équipe encore plus solide. On parvient à trouver un équilibre, à écouter nos besoins mutuels. Pas question de se laisser tomber, de se faire la gueule, de bouder. On râle mais on se parle, on mets des mots sur nos agacements, on ne laisse pas le silence grignoter une situation, un désaccord. L’amour n’est jamais lisse, parfait, dénué de conflits. L’amour est plein d’inattendus, de tolérance, de compassion, de délicatesse, d’indulgence, d’écoute, de patience…
On parle avec nos maladresses de nos incompréhensions, on leur casse la gueule, on apprend à se connaître mutuellement et à s’aimer davantage.
Sur la route, tous les jours, on s’endort ensemble, le plus proche possible, en se disant qu’on s’aime et que la plus belle des aventures c’est cet amour tout doux, la famille qu’on est ensemble.





 

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Le soleil est magnifique aujourd’hui, la lumière éblouissante, il nous aura fallu atteindre le nord pour se réchauffer sous les rayons. Le ciel me rappelle celui d’Oslo en Norvège. L’eau brille le long de la route, pailletée.


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On aperçoit de loin Dynjandi, la plus belle cascade du monde après Gullfoss. En français, ça se traduit par “étourdissant” et c’est plus que le cas. Etourdissant, fascinant, impressionnant.

En arrivant, on prend d’abord le temps de déjeuner sur les tables en bois installées à ses pieds, près du parking. Durant tout ce temps, mes yeux s’accrochent aux trombes d’eau qui dévalent la montagne face à moi.

 

Islande_Dynjandi

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Quand on arrive juste en dessous de Dynjandi je m’approche de l’eau et j’en bois un peu. Elle est glacée et délicieuse. Après la montée sous le soleil, c’est absolument parfait. Penchée sur les rochers, je me sens complètement minuscule, presque insignifiante et puis encore, ce sentiment si doux de reconnaissance m’envahit. 

 

 






Sur les routes en zig zag à flanc de montagnes, le silence se pose sur nous deux, nos yeux dévorent le paysage. J’ai trouvé dans ce coin sauvage de l’Islande, une tranquillité infinie. De loin on aperçoit une piscine bleue fumante : Reykjarfjardarlaug. Au fond de Reykjarfjördur, innattendue, au milieu de rien, l’endroit est divin.

 

Rien que nous deux, dans notre endroit secret, on barbote, seuls dans le fjords, ce moment n’appartient qu’à nous, léger et apaisant.


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Notre journée se termine à Tálknafjörður où on a trouvé une guesthouse (option duvets) :Bjarmaland. Après avoir posé exploré notre petite chambre, on se promène dans la ville, si petite et presque vide. Comme dans toutes celles que nous avons traversé en Islande, il y a une immense piscine avec un toboggan géant. Sur l’île, même dans les coins les plus perdus, il y a au minimum une piscine.



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Le long du port, un panneau indique du poisson frais à vendre. Il est rangé dans des frigos accessibles en libre service, sans surveillance. Sur une table, sont posés une boîte pour mettre l’argent et une feuille pour inscrire son nom. La vente fonctionne sur le principe de confiance et moi je trouve ça merveilleux.


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Au fil de notre ballade, on repère une affiche qui indique un café-restaurant, le Café Dunhagi. Sans trop savoir à quoi s’attendre, on décide d’aller y manger. Les prix islandais étant exorbitants, on s’est contenté jusque là de manger nos conserves ramenées dans nos valises et de faire quelques courses au Bonus et au Kronan, les supermarchés locaux.

Malgré le budget que ce plaisir représente, on avance dans la belle salle aux murs boisés recouverts de photos anciennes, en noires et blancs. Les tables sont décorées de bougies et des livres sont dispersés un peu partout. L’ambiance est chaleureuse, douce, j’entends des rires éclater dans la cuisine, une dame pleine d’énergie avec un immense sourire nous accueille et nous prépare les meilleurs plats. Un délice absolu de légumes de saison.


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La dame au joli rire avec son tablier blanc est un véritable cordon bleu cachée là dans son fjord. Pendant que je dîne, je me répète qu’il faut absolument que je lui dise combien c’est fantastique, je décide de me forcer à dépasser ma timidité pour la féliciter et j’y arrive. Elle nous remercie en nous disant qu’elle est vraiment heureuse qu’on soit venus. Le repas nous aura coûté 80 euros. L’Islande est définitivement hors de prix mais c’est la dépense la plus chouette qu’on ait fait.


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Je savoure cette liberté, l’inconnu de tous les jours, je savoure de n’avoir que peu d’habits qui sont uniquement pratiques. Je me détache, comme chaque fois que je voyage, de ce besoin de choisir mes vêtements pour être jolie. L’impression désagréable de mes matins parisiens d’enfiler un costume disparait. Je ne porte que des choses utiles, qui vont me permettre d’avoir chaud, de me protéger du vent, du froid et de la pluie. Je ne me suis pas maquillée depuis qu’on est arrivée, je me sens plus légère, définitivement plus moi-même. Nous avons peu d’objets, le minimum et nous ne ressentons aucun manque. Nous avons de quoi écrire, de quoi photographier, de quoi lire, de quoi nous habiller, de quoi manger, de quoi nous laver et nous avons la route. 
Parfois je me retourne et je la regarde, la route, mais je ne parviens pas toujours à l’apercevoir dans les sinuosités de la montagne.

Fjords de l'ouest



L’homme est né pour aimer, les fondements de l’existence sont aussi simples que ça. Voilà pourquoi le coeur bat, étrange boussole; grâce  lui, nous trouvons aisément notre route à travers les brumes les plus opaques où les périls nous guettent de tous côtés, à cause de lui, nous nous perdons et nous mourons en plein soleil.
Jón Kalman Stefánsson




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De Tálknafjörður à Grábrók

 

Au lendemain du repas le plus délicieux du monde, on quitte Tálknafjörður, la suite des fjords de l’ouest nous attend. Les kilomètres de routes à flanc de montagne s’enchaînent, on aperçoit nos premières plages de sable jaunes.

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On trouve un genre d’auberge près de Borgarnes : , Grabrok Hredavatnsskali. Nos lits se trouvent dans un genre de cabane à côté du restaurant, ça sent le moisi et le renfermé mais le prix est correct, le cratère de Grábrók est à quelques mètres et de mignonnes petites poulettes qui se baladent sous nos fenêtres.
Après avoir posé quelques affaires pour la nuit, on file se ballader près du volcan. La marche est aménagée avec une promenade en bois. Le paysage est incroyable, complètement différent de tout ce qu’on a vu jusqu’à maintenant. La verdure s’étale devant nous, sur une terre rouge et noire. D’en haut, on distingue parfaitement la lave séchée et l’endroit exact où elle s’est arrêtée. Certaines maisons ont eu chaud.

 

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Sans pouvoir l’expliquer, Grábrók m’intimide plus qu’ailleurs, cachés dans les nuages islandais, au milieu de cette brume toujours épaisse, presque palpable, j’ai l’impression que tout peut se mettre à trembler d’un coup, que le sol va s’ouvrir sous nos pieds et nous avaler. 

 

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La péninsule de Snaefellsnes




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Notre voyage sur l’île touche bientôt à sa fin, on se rapproche de notre point de départ, j’ai j’aimerais repartir sur la route circulaire avant même de l’avoir terminée.
Avant de rejoindre Reykjavik, on part à la découverte de la péninsule de Snaefellsnes, un des plus beaux coins du pays. Dès les premières bornes, j’adore y conduire, la terre marron presque noire des montagnes, étouffée sous les plaques de glace pendant tout l’hiver respire, humide et boueuse. 


 

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Près de Kirkjufellsfoss,on aperçoit le Kirkjufell, la montagne pointue la plus photographiée de l’île.

 

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A Stykkishólmur, des scène du film “The secret life ofWalter Mitty” ont été tournées alors je veux absolument y faire un tour. Juste à l’entrée de la ville, à Nesbrauð ehf. on grignote une viennoiserie gigantesque pour reprendre des forces.

Du port, où nous arrivons à trouver une place pour garer le 4×4, on aperçoit l’île de Súgansey parsemée de gens.
L’église, dans la rue Borgarbraut, surplombe la ville. Son clocher représente une artère de vertèbre de baleine. A l’intérieur, le plafond est recouvert d’ampoules suspendues, une immense peinture ultra moderne de la vierge trône sur un mur. C’est si différent des églises austères et nues que je connais, ça a l’air si futuriste. 

En sortant du village, on a envie de grimper sur l’Helgafell, il parait que la montagne réalise les rêves mais l’ascension est payante alors on fait demi-tour.

 

 

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A Hellnar on fait une pause au Primus Café en pensant que c’est le point d’infos du parc national du Snaefellsjökull, qui a en faites été déplacé. Comme on est dans le coin, on décide de faire la rando de 5km A/R à Anarstapi. Le sentier se faufile dans un champ de lave recouverte de mousse, longe des falaises noires sur lesquelles l’océan vient se jeter. Des oiseaux sont cachés dans les petites niches des falaises. Il piaillent tellement, avec Quentin on se demande quel genre de trucs ils se racontent. 

 

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“To see the world,
things dangerous to come to,
to see behind walls,
draw closer,
to find each other,
and to feel,
that is the purpose of Life.”

The secret Life of Walter Mitty

 

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“Life is about courage and goind into the unknown.”

The secret life of Walter Mitty

 

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Gigantesque entaille dans la roche, on se faufile entre les parois du canyon de Rauðfeldsgjá. On va le plus loin qu’on peut mais ensuite l’escalade devient plus compliquée. Dedans tout est sombre et froid, les parois sont humides et mousseuses, quand on lève les yeux on aperçoit le ciel.

 

La journée se termine dans un camping et puis le lendemain on repart vers Reykjavik. Je réalise difficilement que le retour est la prochaine étape, que Paris m’attend et que je vais quitter l’Islande.


Je laisse un peu de mon coeur ici, j’emporte avec moi un peu de cette terre infiniment belle et intimidante et je sais que j’y reviendrais. J’appartiens maintenant un peu à cet île du nord du monde. 

 

 

 

 







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