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Les journées paisibles – Danderi Retreat

12 mars 2018

Le froid a paralysé nos journées, rendu les nuits atroces, statiques et inconfortables. L’eau est gelée, blessante. Le sol aussi. Les courants d’air me glacent. Calfeutrer les fenêtres ne suffit pas. Le stress a l’air de s’être inscrit en moi, je n’arrive pas à m’en débarrasser. Je ne regrette pas ce que je laisse derrière moi mais je déteste ce qui s’offre à moi. Recroquevillée dans mes doutes, ma douceur s’est enfuie. Je n’arrive pas à me retrouver. Je me demande si j’ai disparu quelque part dans la foule hurlante de la ville, si elle m’a absorbée. Est-ce qu’on s’habitue à tout ? Est ce que le corps humain est ainsi fait qu’il s’adapte même à la souffrance ? même au malaise ? Est-ce qu’il se fond dedans et oublie la joie, la simplicité ?

 

La route est étroite, perdue dans la campagne galloise, bordée d’arbres dont les branches se rejoignent au dessus du chemin et se mélangent pour former une arche.

 

 

 

La maison est petite mais elle me semble immense après des jours à vivre dans le camion. En bas du jardin une rivière coule, on l’entend ruisseler même les fenêtres fermées.
L’air est frais, il sent la ferme, l’herbe et les animaux. Il sent le feu d’hiver, les branches réduites en cendres. L’air sent mes souvenirs d’enfance, me ramène à ma liberté, à mon besoin si fort de courir partout, de hurler mon coeur.
Je le respire à m’en étourdir.


Le sol craque, les serrures grincent, les tuyaux grondent et quelques filets d’air passent autour des portes. J’ai l’impression d’appartenir à cet endroit, de m’y reconnaître, d’y flotter. Comme si une part de moi avait toujours vécu ici et qu’elle attendait notre rencontre. Peut-être qu’il est là le but de ce voyage, retrouver mes morceaux éparpillés.

 

Je retrouve le plaisir de marcher pieds nus, d’avoir chaud sans porter plusieurs couches de vêtements. Je retrouve le plaisir d’un bain à la lueur des bougies vacillantes, l’odeur d’un gâteau qui cuit dans le four, le parquet chaud sous mes pieds et tout ce confort quotidien qu’on oublie jusqu’à ce qu’on le perde…

 

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Le jour se lève sur nos visages endormis, j’entrouve les yeux et l’impatience m’enhavit de descendre respirer l’air frais du matin et de voir de quelle humeur est le ciel. Je me glisse en dehors du lit et m’enveloppe dans une couverture réconfortante, ma tasse brûlante entre les mains, devant la fenêtre.

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Le soleil dépose ses rayons dans la maison et joue sur mon visage, me réchauffe et disparaît pour revenir quelques minutes plus tard. Les oiseaux se posent devant moi, dans le jardin et picorent des graines dispersées pour eux. Merles, rouges-gorges, mésanges et pies. J’avais oublié les oiseaux, comme on peut voir leur petit coeur battre et soulever leur plumes. Les jonquilles se dressent et se penchent au rythme des journées. Le vent agite les arbres sans feuilles. Un carillon rouillé par le temps tinte. Le silence m’enveloppe et je m’attarde sur les mouvements du jardin bercée par le flot de la rivière.
On devrait toujours mettre un canapé et des couvertures devant une grande fenêtre. Comme les bancs en pleine nature, ils sont une ode à la contemplation, à la vie.

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Je me retrouve peu à peu dans le calme et le flottement, je me retrouve dans les journées de livres, de bouts de papier, de photos, de coloriage, de musique, de marche. Je me retrouve dans la lumière du matin, le ruissellement de la rivière, le chant des oiseaux, les craquements du feu dans le poêle, les pages de mon livre, la cuisson de nos repas, l’aiguille de l’horloge, la danse du soleil dans la maison et la nôtre sur la musique en s’embrassant, en chantant et en riant.
Est-ce qu’il y a quelque chose de plus beau que de laisser la vie glisser, que de s’aimer, de s’appartenir ?
Est-ce qu’il y a quelque chose de plus beau que les heures dorées de la fin de journée ?

Loin des bousculades je me retrouve. Je n’appartiens à rien.

 

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Peut-être que c’est ce dont j’ai besoin, d’être en retrait du monde trop agité.
Peut-être que l’immobilité me rend heureuse si elle est douce et silencieuse.
Est-ce qu’on peut se nourrir de flottements ? de rêves ? de poésie ?
Peut-être que tout est une question de rythme, qu’on est tous composé d’une musique différente dont on doit apprendre les variations. Et peut-être que certains endroits sont faits pour la solitude, pour se rencontrer sois-même dans le silence de nos pensées.

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Maintenant le froid est griffant, la neige tombe emportée par le vent qui bouscule les arbres, les carillons dans le jardin et les oiseaux. Près du feu, la journée est douce même si la fatigue pèse sur la maison. Les nuages ont l’air de ne plus exister, aucune lumière ne passe à travers le ciel blanc. Je me sensreconnaissante pour la maison au bord de la rivière, sa chaleur et son calme infini.

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Le soleil se couche sur la maison, j’ai l’impression que, dans le noir, la rivière coule plus fort, plus vite, plus violemment. Est-ce qu’elle attend la nuit, de n’être vue de personne, pour se déchaîner ?

 

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Il faut se cultiver sois-même,
entretenir et nourrir nos joies les plus simples,
se reposer l’esprit et le corps,
créer,
s’accorder le silence et la solitude,
croire en ses rêves et les réaliser,
rire et danser,
trouver son rythme, sa mélodie
et les suivre chaque heure de chaque journée.

Les journées paisibles sont une caresse sans fin.

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4 Comments

  • Sian Boissevain

    Beautiful descriptive imotive piece of writing feel privalidge to read and to have you both stay and appreciate the space!
    It has been my sanctuary from the world for so long since 24 years old!
    Lovely photos and thanks for the inspiration of your words to create my own too!
    merci bien et bon voyage!

    19 mars 2018 at 5 h 54 min Reply
    • Gomar

      Thank you Sian for your kinds words 🙂

      20 mars 2018 at 17 h 15 min Reply
  • mylittlepipedream

    Tu m’a fait voyager dans un autre espace temps durant quelques minutes. On se sent bien avec vous dans cette jolie maison, où il fait bon vivre. Si je devais décrire le Slow Travel, je dirai que ton article en est l’essence même. C’est poétique et doux, j’adore… 🙂

    20 mars 2018 at 10 h 41 min Reply
    • Gomar

      Oh merci beaucoup, ça me fait super plaisir 🙂

      20 mars 2018 at 17 h 14 min Reply

    Laissez une petite trace de votre visite :)

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