Auvergne

L’Auvergne, la route et moi

5 avril 2017

Je prends la route toute seule, pour la seconde fois cette année et c’est magique. Je pars au milieu des volcans endormis d’Auvergne, sous la pluie, l’orage, le froid et l’humidité. Je pars épuiser mon corps de découvertes incroyables, je pars me fatiguer, me réveiller, me secouer, exister. Je pars dans la vraie vie. Je reprends la route et je me sens prête, prête pour les kilomètres, prête pour gifler ma fatigue quand elle débarquera, prête pour l’aventure, je prends la route un mercredi matin et je bondis en chantant faux de joie et d’excitation.

L’autoroute est interminable, la chaleur est épuisante, je m’arrête pour boire, marcher, respirer, sur l’aire de repos j’ai envie de crier aux gens que je croise que je suis beaucoup trop heureuse. Il y a des familles avec des grosses voitures, des bandes de copains, de copines, des couples et moi je suis toute seule. Je n’aurais jamais pensé le faire mais je suis en plein dedans et ma joie déborde.
Sur la route il y a des bikers avec des gros cuirs qui roulent en bande, ils glissent tous ensemble comme un seul, je les regarde devant moi, je les dépasse, ils me dépassent, je les perds, je les retrouve et je m’imagine partir moi aussi à l’aventure en moto.

Après 7 heures de route, quand j’arrive au bord du lac où je vais camper et que je suis seule sous les arbres de la forêt humide je suis énervée parce que ça ne ressemble pas à ce que j’avais imaginé, je suis énervée et j’ai envie de le crier mais je me force à regarder autour de moi, à dépasser ma fatigue, mon agacement d’un rien et je monte ma tente, je gonfle mon matelas, je déballe mes petites affaires, j’enlève ma petite robe à fleurs, je prends une douche,  je mets mes chaussures de rando, mon gros polaire  et je me sens plus légère peu à peu, l’excitation revient.
Et puis la nuit tombe, l’obscurité enveloppe mon petit campement, je commence à avoir peur. Je m’enroule dans mon duvet et j’essaie de me rappeler ce pour quoi je suis venue. Pour reprendre confiance en moi, me perdre en pleine nature, me prouver que seule je peux réaliser mes rêves et être libre. Mon épuisement l’emporte et je m’endors.

Le lendemain matin, je me réveille sous les arbres, j’entends les oiseaux chanter et faire bouger les branches, je déplie ma petite table, celle de mes parents qu’ils utilisaient à mon âge, elle est rouge, grinçante, pleine de rouille mais je l’aime bien. Je fais chauffer mon café, je regarde ma carte routière et je décide quel chemin je vais prendre. Je balance entre peur et joie. J’emballe mes petites affaires, je mets la musique à fond dans ma voiture et je pars pour ma première randonnée toute seule.
Il fait vite trop chaud, je souffre dans tout mon corps, je transpire pour 10, je me demande ce que j’ai fait, pourquoi je m’enfonce toute seule sur un chemin au balisage foireux, je me demande pourquoi je me suis lancée un défi pareil, pourquoi j’ai toujours ce besoin de sortir de ma zone de confort, de me dépasser, pourquoi je me suis embarquée dans un truc aussi difficile pour moi mais mes jambes continuent à avancer malgré tout. Je marche toute seule et quand je croise d’autres humains ils sont toujours en groupe et me disent bonjour. Je suis la seule toute seule et ça me va.

Je grimpe, je m’arrête, je respire, je bois, je chouine, je me plains, je maudis toutes les bières que j’ai bu à Paris, toutes les planches de charcuterie que j’ai mangées, toutes les enfoirées de gourmandises que je me suis autorisée. Je me rends compte que c’est plus difficile pour mon corps que je l’avais imaginé mais je le brusque un peu. J’arrive au sommet du volcan à l’heure où le soleil brille le plus fort, à l’heure de manger, à l’heure merveilleuse de la lumière. J’arrive tout en haut et je regarde les arbres si petits que je pourrais les cueillir, certaines feuilles ont l’air bleues, la terre sous mes pieds est rouge, sèche et moi je suis heureuse. Je suis arrivée en haut de mon premier volcan endormi, j’ai mal aux cuisses, je suis fière de moi et j’ai déjà soif d’une autre aventure.

 

 

Mon deuxième volcan m’impressionne quand je le vois de loin et je me dis que je vais lui faire sa fête, que j’ai la trouille mais que j’y vais quand même. Je discute avec la fille du point d’infos qui me dit qu’un orage arrive, je le sais, on le voit noircir le ciel, gronder de loin. Elle me conseille de ne pas traîner trop en altitude pour ne pas rester coincée là-bas quand ça va éclater, la pluie, le brouillard, les éclairs, le sol glissant et boueux, il me reste quelques heures pour en faire l’ascension et redescendre, à onze heures ce sera dangereux. Elle me donne son numéro et j’ai complètement la trouille. Je me dis “non mais l’Auvergne c’est pas dangereux c’est pas possible”. Je réfléchis un peu et je décide que je vais le grimper en trois heures, aller, retour, je suis là pour ça, pour être avec moi-même, savourer la nature, me prouver que je suis costaud.
Avec l’humidité, l’air est lourd, les nuages sont bas, et c’est vite encore plus dur pour moi qu’hier. Quand je rentre dans la forêt, j’écoute les bruits qui m’entourent et je les déteste parce qu’ils me font peur. J’imagine les sales bestioles qui se cachent derrière les arbres et qui vont me dévorer. Ou les junkies psychopathes qui vont me découper en morceaux. J’imagine des tas de choses qui n’existent pas et pendant ce temps-là j’avance en angoissant. Mais j’avance et c’est tout ce qui compte. Je souffre, j’ai mal aux jambes, au dos, j’ai mal aux genoux, aux épaules. J’ai peur, je suis terrifiée mais j’avance. J’hésite à faire demi-tour mais je me force à rester sur le chemin en me répétant “t’as pas déjà fait tous ces kilomètres pour retourner à la voiture putain”.

 

 

Le chemin est long, le chemin grimpe et quand j’atteins une certaine altitude le monde disparaît derrière un épais nuage de brouillard qui m’empêche de voir à deux mètres devant moi. J’avance dans le coton du ciel, j’avance vers l’invisible, je perds mon balisage, j’entends des vaches sans les voir, je panique, je chouine, je m’arrête, je bois et je me dis à moi-même “tu sais très bien que tout va bien, c’est parce que t’es seule que t’as la trouille”. J’avance sans voir le paysage engloutit dans la brume, j’avance juste parce que j’ai besoin de marcher, d’aller droit devant moi, toute seule.
Pour atteindre le sommet, il y a un escalier interminable dont je ne vois pas le bout, je le grimpe, et quand je me retourne pour regarder le chemin que j’ai parcouru je ne le vois même pas, il est dans la brume. Mes jambes tremblent, je respire mal, j’entends mon coeur résonner dans ma tête, je m’assoie et j’essaie de calmer ma peur, c’est elle qui m’épuise plus que les kilomètres. Je ne sais pas de quoi j’ai peur, si j’ai peur des autres qui ne sont pas là mais que j’imagine, si j’ai peur de l’immensité qui m’enveloppe, si j’ai peur de moi-même qui bascule toujours dans des extrêmes terrifiants.

 

 

Je grimpe et je me demande ce que va représenter cette marche pour moi d’ici quelques temps. Je me demande si ça a vraiment du sens ce que je suis en train de faire.
J’arrive au sommet, épuisée, il y a une petite cabane avec des gourmandises. La nana à qui j’achète un chocolat chaud du réconfort s’étonne que je sois si fatiguée. J’ai envie de lui balancer à la gueule mon gobelet bouillant. Je me regarde dans un miroir, au passage et je me reconnais à peine. Je me souris. Je me dis que je l’ai grimpé le volcan, avant l’orage, toute seule, que ça compte pour moi, que ça me donne le sentiment d’être encore plus costaud, plus forte, que ce que je viens d’accomplir n’appartient qu’à moi, le chemin, la marche, la peine, tout est à moi, rien qu’à moi, alors je jubile, fatigue trop extrême ou pas, je jubile d’être parvenue au bout du sentier, d’avoir avancé malgré mes angoisses et d’avoir avancé seule. Une fois que je suis revenue à ma voiture, j’enlève mes habits trempés, je m’assoie et je savoure les heures de marche douloureuses que je viens de vivre.

 

 

Un soir, je me dispute avec mes émotions, j’ai trop de peine dans tous les sens, je ne sais plus quoi faire de moi-même, je suis envahie par mille questions. Alors je prends ma voiture et je roule, je roule sans savoir où je vais, sans destination, sans timing, je roule pour moi, et j’ai envie de pleurer devant la splendeur de tout ce qui m’entoure. 
Je m’arrête sur le bord de la route et je regarde devant moi, je me dis que tout va aller bien, que ce qui me console c’est les kilomètres, la route, la seule chose qui me guérit. Je me répète que je peux vivre comme je veux, que je peux faire tomber toutes mes barrières, abandonner la ville, respirer le monde autant que je veux. Je continue à rouler et j’arrive à un carrefour, je tourne autour plusieurs fois et j’emprunte une sortie au hasard. Au bout de la route le calme ultime d’un lac immense entouré de volcans sur lequel le soleil se couche. Je me gare et il y a un type sur un banc qui me dit bonjour. Je sursaute alors que je l’avais vu. Je marche un peu, j’essaie de faire sortir ma peine, je voudrais la laisser là par terre sur le bord de l’eau, là où elle pourra se noyer et plus jamais m’envahir. Je voudrais que ce soit facile, un truc que je pourrais jeter de moi, bam je m’en débarrasse, je suis contente maintenant.
Le ciel est rose, jaune, orange, il est plein de couleurs qui dansent et je me dis que je veux rester là pour toujours et c’est ça mon chagrin, c’est qu’il faut rentrer, chaque fois, là où j’ai pas envie d’être.

 

 

Au matin du cinquième jour, je vais vers un autre volcan endormi, je me perds en route. J’y vais pour grimper encore. Je pense qu’à ça, marcher, me dépasser, laisser mes angoisses hurler si elles veulent mais leur montrer que c’est moi qui décide, que mes jambes peuvent m’emmener partout où j’ai envie d’aller. Mais cette fois, quand j’arrive, que je gare la voiture à la lisière de la forêt et que je prépare mon sac je me dis que l’endroit ne me plaît pas du tout, que les bois ont l’air hostiles, froids, trop sombres. Je m’y enfonce un peu, je me dis putain c’est moche j’aime pas du tout, je préfère encore la brume qui m’aveuglait. Mais je continue à avancer, je regarde derrière moi, je perds la lisière de la forêt, je longe un petit cours d’eau. Je me retourne tout le temps, je regarde autour de moi puis je me force à regarder droit devant mais je suis angoissée. Le balisage bifurque dans un passage qui grimpe, très humide et glissant, avec des gros rochers à contourner. Mes jambes refusent littéralement d’avancer. Je me dis “allez t’es pas une chochotte bordel fais-le” mais j’ai peur. Le chemin qui s’étale devant moi est moche, il me panique. Alors je décide que je vais repartir, que c’est pas bien grave si je vais pas au bout cette fois, que c’est pas un échec, que je dois savoir m’écouter, m’apaiser, pas me brutaliser et me forcer tout le temps. Alors je fais demi-tour et je vais traîner les pieds dans un champ de blé, un peu plus loin, à l’air libre, je regarde le ciel, je cueille des fleurs, je ne suis plus enfermée sous les arbres et tout va mieux. J’apprends juste à doser je crois. Doser entre les peurs que j’invente, que je construis dans ma tête et celles qui sont réelles, que je dois écouter. J’apprends à me faire confiance. A faire confiance à mon propre jugement. J’ai le droit de faire demi-tour, mon avis compte, je compte. Si c’est vraiment trop dur alors c’est rien, je m’en vais. c’est pas un échec, c’est une première tentative et il y en aura d’autres. Et j’irais ailleurs, ailleurs ce sera sans doute mieux pour moi, j’avancerais, les bois seront plus jolis, plus ensoleillés, tout ira mieux.

 

 

 

Je m’arrête sur le bord de la route et j’y mange. Toute seule sur le bord de la route. J’ai choisi ce coin d’herbe là parce qu’il m’offre une vue sur les champs en pente, les volcans grisonnants de l’orage qui arrive et les vaches qui font sonner leur clochette. Je jubile de cuisiner sur un bout d’herbe. Je jubile d’être toute seule sur le bord de la route. J’en sautille presque de joie. Je sors mon réchaud, ma casserole, mes boîtes de conserve, je fais comme si elles étaient toutes délicieuses et que j’allais me régaler. Je me dis que c’est fantastique d’être une niaise à ce point parce que je me réjouis d’un rien. Je me dis bordel ça ressemble exactement à ce que j’avais imaginé mais en mieux. Je m’asseoie à la table en bois et je mange, je savoure ce moment-là et je sens le vent qui se glisse dans mes cheveux. C’est ce que je préfère le vent. Il me caresse et me bouscule, il s’engouffre en moi et remplit mon vide. C’est le vent qui me fait du bien. Je suis bien.
Je me sens profondément libre. Je suis toute seule, mes affaires entassées dans ma voiture et je vais partout où j’ai envie d’aller. Rien ne me cloisonne, j’improvise, je décide au fil de mes humeurs, je change d’avis, je fais demi-tour, je retourne à des endroits que j’ai juste traversé pour les explorer vraiment ou les regarder plus longtemps. Je m’apaise, je m’écoute, je fais connaissance avec ma rage, ma détermination, mon courage. 



Ici, toute seule, en quelques jours, je prends vite mes habitudes, je me lève avec le soleil et je me couche avec lui. Je lui résiste un peu quelques soirs à la frontale dans ma voiture devant un film, avec un bon bouquin, je lui résiste un peu mais j’économise mes piles et je m’endors.


Le matin, dans la fraîcheur de la forêt, je décide où je vais filer et quand j’ai trouvé je pars, je dévore la route. J’ai toujours mal, je suis épuisée et avancer est difficile mais les paysages que je traverse me bouleversent et j’arrive à accepter mes douleurs, mes peurs, à les écouter, les apaiser et les dépasser. 

 




Je conduis jusque dans un petit village tout en pente, sur la place il y a quelques boutiques et je rentre dans une petite épicerie qui ne vend que des produits locaux. Je discute avec la dame et je lui explique que, comme je campe, je ne peux pas stocker de la nourriture alors elle me coupe un petit bout de fromage, parfait pour un soir et aussi quelques tranches de saucisson, j’achète une bière, je repars et impatiente de tout dévorer, je grignote déjà dans ma voiture avant de reprendre la route. Le soir, je finis de manger tous ces délices, je culpabilise un peu de tout le gras que je balance dans mon corps mais je m’en fiche autant parce que je suis contente. Je prends l’apéro avec moi-même, je savoure tellement ce que je m’accorde.


Je décide de conduire vers le sud au hasard, sans carte, sans destination précise. Je conduis sur les routes de montagne, ma voiture a du mal à grimper, j’ai du mal à la pousser vers les hauteurs, je ne suis pas encore un bon pilote de l’aventure mais je dis “allez petit bolide on va conquérir les volcans.” Je conduis un peu trop vite et ensuite un peu trop lentement et je n’arrive pas à m’adapter aux virages qui sont costauds, vicieux et flippants.
Un type arrive droit sur moi avec sa voiture à la con, sur ma voie, à toute vitesse, j’écrase mon klaxon, il met un coup de volant et pendant quelques minutes j’ai tellement la nausée que je me demande si je vais pas me gerber dessus de peur. Je me reconcentre sur la route en me disant “c’est fini”. Je me rassure toute seule.
J’arrive à un endroit absolument merveilleux, noir et parsemé de fleurs violettes. Je m’arrête, je pense que je voudrais dormir ici, là dans ma voiture, pour voir la gueule du paysage quand le soleil se couche et se réveille dessus. Je vais marcher dans les alentours pour voir s’il y a un chemin de randonnée mais il est trop tard pour l’emprunter alors je décide de revenir demain.

 

 

Je vais cuisiner des pâtes à la sauce tomate dans la forêt, dormir dans ma petite tente qui sent la citronnelle alors que je déteste ça, écrire à la lumière de ma frontale, mes émotions dans mon petit carnet, des cartes postales à mes copines, écouter les oiseaux chanter sur les branches au-dessus de moi, savourer ma solitude, repenser aux volcans, à ce que j’ai traversé, à combien j’y arrive en fait, à me rassurer, combattre mes trouilles et être fière de moi.


 

C’est le jour de la dernière marche que je fais en Auvergne, 14 kilomètres à pied toute seule. Elle me fait partir à l’aube, dans la fraîcheur de la nuit, je ne suis pas certaine d’en être capable mais je sais que je vais y arriver. Parce que je suis celle qui s’encourage. Je suis celle qui se bat.
Je croise des campeurs sur le bord d’un lac immense, je m’assoie un peu plus loin toute seule et j’observe la nature si belle.
Je suis seule dans des plaines immenses de verdure, sans rien d’autre que la liberté à perte de vue. Je suis profondément heureuse et fière de moi. J’essaie de respirer fort, de toutes mes forces, je fais le plein de douceur. Je croise quelques personnes de temps en temps qui grimpent facilement et à toute vitesse je les méprise un peu dans ma tête. La seconde d’après je me sens ridicule de me comparer sans cesse aux autres, d’envier leur rythme. Alors je continue de marcher, dans le vent, sous le soleil brûlant, je suis soulagée malgré ma fatigue, je suis heureuse, je savoure ce que je vis, je suis libre et tout est tellement beau. La lumière danse sur l’herbe et les nuances de couleurs m’aveuglent.

 

 

J’avance, je pense dans tous les sens mais je ne m’accroche à rien en particulier, puisque je suis en mouvement, loin de mes chaînes je suis libre. Je marche en ayant mal aux jambes, mal aux épaules, mal dans tout moi mais je marche le coeur rempli d’une sérénité qui me semble infinie et que j’ai envie d’enfermer pour la garder, pour toujours.
Je suis enveloppée dans la beauté de l’Auvergne et alors tout va bien.
J’essaie de ranger mon téléphone dans ma poche, de fuir l’hyperconnexion, j’essaie de photographier avec mes yeux, de construire mes souvenirs rien qu’à moi, que je ne vais jamais montrer à personne. Je fabrique avec le paysage incroyable mes petits secrets de bonne humeur, les images que je vais faire tourner dans ma tête pour me redonner de la force, de la joie et de l’énergie quand j’en aurais plus.

 

 

J’ai laissé le piétinement permanent de la ville et j’ai marché, vraiment.
J’ai eu peur, de la solitude, de ne pas savoir prendre soin de moi. J’ai les peurs de la ville, les peurs envahissantes que la masse jette sur moi, les peurs démesurées du quotidien parisien. J’ai les peurs inscrites à l’intérieur de moi depuis que je suis toute petite. Mais je l’ai fais quand même et c’était la souffrance la plus douce de toute ma vie.
Je suis partie pour moi-même avec moi-même et j’ai réalisé une chose essentielle, c’est que tout va bien. Je veux dire, vraiment. J’ai déconstruit toutes les horreurs que je me suis inventée. Je me suis rencontrée sur la route et je crois que je peux enfin commencer à m’apprécier.
J’ai retrouvé en moi, ce truc bouleversant qui avait explosé sur la route en Australie. Cette rage démesurée que j’avais peur d’avoir éteinte. Elle est toujours là ma joie folle d’être humaine, d’être vivante. Elle est jamais partie, elle a grandi tous les jours depuis trois ans mais plus lentement, plus silencieusement. J’ai eu peur, j’ai eu envie de faire demi-tour mille fois mais j’ai avancé, droit devant moi, vers moi-même, parce que ce qui est plus fort que ma trouille c’est ma joie, ma curiosité du monde, mon amour débordant pour la nature.

J’ai eu peur mais je me suis forcée à avancer, je me suis prise par la main et j’ai marché dans les forêts, dans les prairies, dans les champs, entre les volcans, sur les volcans, j’ai marché partout, en pleurant, en criant, en chantant. J’ai marché partout en me sentant profondément vivante. J’ai senti mon corps s’épuiser véritablement, la fatigue des gens qui existent, ceux qui respirent, qui marchent, qui ne restent pas assis à subir le temps qui file.
Je suis partie toute seule, j’ai réussi.

 

 

 

Previous Post Next Post

Vous aimerez peut-être...

3 Comments

  • Astro

    “J’ai envie de pleurer devant la splendeur de tout ce qui m’entoure”. C’est sublime. Ça m’arrive si souvent…

    18 avril 2017 at 21 h 16 min Reply
  • Julie

    Comme je comprend. Je suis partie vivre en Auvergne et je me suis libérée de tellement de tensions en marchant… Malheureusement j’ai fait un choix professionnel qui m’a fait revenir plus au Nord et les tensions sont revenues alors j’en ai conclu que vraiment, l’Auvergne, c’est un super traitement !

    28 avril 2017 at 9 h 50 min Reply
  • Gomar

    Merci Julie pour ton message ! J’ai lu tes jolis articles sur l’Auvergne et ils me donnent follement envie d’y retourner m’apaiser à nouveau !

    28 avril 2017 at 11 h 59 min Reply
  • Laisser une petite trace de votre visite :)

    %d blogueurs aiment cette page :